Loading

Plis et replis

Work in progress

Ma mère est couturière, elle coud, reprise des vêtements, elle chasse les plis du tissu, les mauvais plis. Je me souviens adolescente, des essayages dans les magasins de vêtements en sa compagnie. Elle scrutait chaque détail des vêtements et au moindre pli mal placé, le verdict était sans appel « ça ne te va pas, il est trop petit ». Or voyez-vous, des plis il y en avait toujours ; ils se formaient à l’entrejambe, aux hanches, sur le dos. Ils ne venaient pas uniquement du tissu qui s’étirait à des endroits pour s’agglutiner à d’autres, non, bien souvent le pli venait de mon corps en lui-même que le tissu ne faisait que mouler. Mon corps de grosse. J’ai appris que le vêtement ne devait pas faire un pli, qu’il ne devait avoir aucun défaut, et mon corps non plus.

Le corps, et le mien en particulier, a toujours eu une place importante dans mon travail de photographe. Je me mets en scène pour transmettre des émotions, pour composer mes images. Je suis à la fois la photographe et la modèle, la regardante et la regardée. Il m’est cependant difficile d’accepter mon corps dans son intégralité. Dans mes autoportraits ou même dans la vie quotidienne, j’étire mon corps, je bloque mon souffle, je garde hors cadre mes bourrelets, je cherche à éliminer ces plis que j’ai du mal à trouver beaux et à accepter.
Et ce n’est pas qu’un point de vue personnel ou familial, les corps que nous voyons à la télé ou dans les magazines sont lisses, n’ont aucun défaut, ou retouchés pour prétendre n’en avoir aucun. Ils sont célébrés pour ne pas faire un pli.

J’ai voulu réaliser une série photographique sur les plis de mon corps, comme une sorte de thérapie. Ne plus les cacher, ne plus les lisser. Les mettre en plein centre de l’image. Rendre beaux et sensuels ce qu’on m’a appris à détester et à trouver repoussant. Célébrer ces lignes qui se créent sur mon corps. Les utiliser pour qu’elles composent et créent mon image. Faire honneur à ces « mauvais » plis pour enfin les aimer.